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Interview: dans les carnets d'Alan Cloiseau

14 mars 2017
  • Rencontres

Son carnet Habana ne le quitte pas de la journée….Mais contrairement aux idées reçues, il ne l’utilise pas pour y noter ses to do list ou comptes-rendus de réunion….Alan Cloiseau, directeur artistique habitué à fréquenter les lignes 5 et 8 du métro parisien, donne un sens à ses trajets quotidiens en couchant sur papier des esquisses d’inconnus croisés par hasard…. Des traces de vie qu’on a plaisir à retrouver tous les jours dans sa galerie Instagram @attention_a_la_marche crée à cet effet. Nous avons rencontré Alan Cloiseau pour en savoir un peu plus sur la genèse de ces brèves de métro…

Alan Cloiseau - Attention à la marche

Alan Cloiseau – Attention à la marche

Comment est né votre compte Instagram Attention à la marche? 

J’ai décidé d’utiliser mes déplacements quotidiens comme sujet principal de mes carnets de croquis ! J’y dessine matin et soir les anecdotes souterraines que je peux rencontrer lors de ces deux fois 45 minutes de temps incompressibles. C’est aussi un excellent moyen de m’évader et de me détendre avant ou après une journée de travail.  Le projet a maintenant 2 ans et compte plus de 1000 portraits.

Pourquoi utiliser le carnet comme support ? Avez-vous des préférences dans le choix du carnet ?

Mon choix s’est fixé sur un format A5, le carnet Habana, qui se glisse facilement dans mon sac, avec couverture rigide m’assurant un minimum de maintien (pour des traits droits) et de solidité.
Je dessine principalement en double page, carnet ouvert (ayant ainsi un format A4 avec reliure centrale). Cette disposition me permets de rabattre, comme un volet, la page du haut une fois le visage dessiné afin de m’assurer plus de discrétion,

Quelle technique de dessin priviliégiez-vous ?

Je dessine à la ligne claire, toujours en tracé direct. En privilégiant des feutres à pointe nylon (Papermate Flair). Il m’arrive d’ajouter de la profondeur ou des zones d’ombres avec l’utilisation d’un pinceau à réserve, produisant des aplats d’aquarelle jaune que je reteinte dans un second temps de façon digitale. Plus rarement je colorise certains dessins de manière traditionnelle.

Combien de temps mettez-vous entre l’idée et un dessin abouti ?

L’idée que tout aille vite me plaît, c’est de l’instantané, du dessin sur le vif (d’où le tracé direct) : la personne que j’ai en face de moi peut très bien descendre à la prochaine station ou être cachée par un autre voyageur d’un instant à l’autre ! C’est pour cela que je débute toujours par les yeux, ensuite le visage, puis le buste et ainsi de suite.
L’idée peut surgir n’importe quand, que je sois assis ou debout : j’ai pour habitude de passer 2 à 4 stations à dessiner mon modèle et les suivantes à enrichir la composition (détails, fonds, nuances, ajout de texte, jeux typographiques….). Un dessin complet me prend environ 30 minutes


Quelles sont les lignes de métro les plus inspirantes ? les moins inspirantes ?

Je dessine sur les lignes que j’emprunte au quotidien ! Principalement les 5, 8 et RER D.
Ensuite, je choisis mon placement en fonction des places disponibles et de mon humeur du jour. Les carrés de 4 places de la ligne 8 sont agréables et discrets, les gens y restent souvent plus longuement.
Tout va plus vite sur la 5, le dessin est plus énergique. La ligne relie plusieurs gares SNCF : les usagers réalisent souvent des trajets plus courts. D’un autre côté il y a plus de place avec sièges plus large mais d’un autre cela augmente aussi la distance entre mes modèles ! Beaucoup de paramètres sont à prendre en compte, chaque ligne a ses spécificités.


Quels instants de vie préférez vous capter ?

J’aime autant esquisser le détail d’une tenue amusante qu’un élément architectural d’une station. Ce sont en effet les usagers qui définissent mon inspiration quelque soit l’heure ou le lieu.


Comment les gens réagissent lorsqu’ils vous voient griffonner sur votre carnet ? 

Souvent mon modèle ne se rend compte de rien, ce sont mes voisins qui me “trahissent” : des regards par dessus mon épaule, des “snap” voir quelques vidéos live mais surtout : des sourires, des mots d’encouragements et des discussions à bord du train ! Je décide enfin de montrer ou non le résultat à la fin du dessin (voir de lui donner une carte de visite pour qu’il puisse retrouver le dessin).

Quelle place tient le papier dans ce monde qui est devenu très numérique ?

Directeur artistique chez BETC, je dessine effectivement le restant de la journée sur tablette. Le papier me permet un certain lâcher prise,  plus de spontanéité et d’authenticité. Rien n’égale à ce jour la fibre de celui-ci et les sensations provoquées par l’encre qui y glisse dessus.

Que pensez-vous des carnets Quo Vadis ?

Ils sont pratiques, le papier est de bonne facture et d’une tonalité parfaite pour le dessin, ce qui est également très appréciable.

Une info à donner en exclu pour les lecteurs de Quo Vadis sur votre actualité ?

J’expose actuellement avec le collectif De Lignes en Ligne en Espagne, jusqu’au 10 mars à L’Alliance Française de Madrid. Exposition qui va ensuite voyager dans plusieurs autres villes espagnoles : Carthagène, Grenades, Gijon… Autant d’invitations au voyage !
Merci ! à bientôt dans le métro !

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